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tau3Chasteté

   

Par le Père Daniel-Marie

Franciscain conventuel de Cholet

 






 

 

 

 

 

 

Chasteté comme liberté d’aimer

 

            C’est une valeur positive : la première chose à dire est que la chasteté n’est pas une privation, une frustration, un manque : c’est une valeur qui permet à la personne de s’épanouir

C’est aimer chacun d'un amour de préférence, comme fait le Père; aimer en laissant libre, sans s'attacher, sans attacher

Ne pas acheter l'affection de l'autre, ne pas capter sa bienveillance, et son attention.

            Tout comme la pauvreté et l’obéissance, c’est un Conseil évangélique : c'est-à-dire une direction donnée par Jésus dans l’Evangile pour tous ses disciples, qu’ils soient mariés ou célibataires.

Dans cet enseignement, je  parlerai peu de la chasteté dans  le couple ; à ce propos je dis seulement qu’elle recouvre deux concepts : l’abstinence de relations sexuelles pour des raisons particulières, et la façon d’aimer l’autre d’un coeur pur, de vivre la relation sexuelle d’une façon non égoïste, oblative, en pensant d’abord au bonheur de l’autre.

            Dans cet enseignement donc, je parlerai de la chasteté en général,  pour tous les disciples de Jésus, c'est-à-dire de la chasteté du coeur et du corps, et  plus en particulier pour ceux qui sont appelés encore à ne pas avoir de relations sexuelles car non engagés devant Dieu et devant les hommes pour fonder une famille. Et plus spécifiquement : quel sens un jeune chrétien encore célibataire donne-t-il à la chasteté aujourd’hui, et comment peut-il la vivre concrètement ?

 

            La définition classique est celle d’absence de relation sexuelle et d’absence plaisir sexuel solitaire ; bref, de renoncement à l’exercice génital de la sexualité. Je dis génital car même dans cette perspective, on exerce sa sexualité : on est homme ou femme et ce caractère sexué imprime notre psychologie, notre comportement, notre spiritualité même. C’est important : l’absence de relation sexuelle n’enlève rien à la sexualité, qui transparaît et s’exprime par tout notre être. C’est pour cela que dans la  vie consacrée un Frère est frère, un prêtre est père, une consacrée est sœur.

            Par  la sexualité s’exprime la relation à l’autre : c’est vrai en terme génital, c’est vrai en terme psychologique et en termes spirituel puisque les corps aussi bien que les esprits et les âmes sont complémentaires entre l’homme et la femme. Et le corps est aussi langage d’amour entre l’être humain et Dieu. C’est pour cela que le plaisir sexuel solitaire est un non sens : il est repli alors que la sexualité est ouverture, il est involution, régression alors que l'acte sexuel et évolution et progression.

            L’abstinence  de relation sexuelle permet de mûrir la sexualité : que ce soit dans la personne seule ou dans le couple en certaines périodes de son parcours, cette abstinence permet de développer tout notre caractère sexuel :            L’abstinence permet donc de faire mûrir, de faire grandir, de faire désirer, de faire progresser, de laisser s’élaborer ce qui doit encore arriver à maturité. L’acte sexuel vécu seul ou trop tôt, en dehors du regard de Dieu, c’est à dire hors mariage par exemple, grille les processus de lente maturation qui doivent s’élaborer

            C’est vrai pour notre sexualité personnelle c’est à dire ce qui doit me porter à être pleinement homme ou femme au niveau individuel ; c’est vrai dans la relation de couple, c’est à dire ce qui doit s’enclencher petit à petit, permettre de se connaître, de laisser s’établir les fines connexions relationnelles entre l’homme et la femme que l’exercice génital de la sexualité viendrait griller trop tôt, comme un plat à peine décongelé que l’on mettrait au micro-ondes : cramé dehors, gelé dedans….

            L’Ecriture nous rappelle que  « Dieu est Esprit », et que « le Père cherche des adorateurs en Esprit et en vérité » ; un philosophe, Kierkegaard, dira à ce propos que la chasteté pour Dieu permet de parler le langage de l’Autre, sinon, ce serait comme deux amants qui ne pourraient être heureux puisque qu’ils ne pourraient jamais converser ensemble.

 

            Pourquoi est-on amer, triste, insatisfait après un acte impur, une cigarette, un acte de gourmandise ? Pas seulement parce que l’on sait que c’est mal et que l’on sent confusément ou clairement que l’on s’est coupés de Dieu : mais parce que l’on a raté la cible : tous les plaisirs ne servent qu’à nous orienter vers le bonheur qui ne passe pas. Et l’on sent que l’on a cherché dans un plaisir fini, terrestre, un bonheur infini : on a raté la cible, c’est la définition du péché. On ne fait que creuser la déception, la frustration et augmenter la tristesse ; le renoncement au contraire, tout comme l’effort car c’en est un, produit sur le moment une amertume, mais qui se transforme en joie.

            (Dans l’acte sexuel aussi d’ailleurs, si l’un des deux époux n’a cherché que son propre plaisir, on reste dans l’amertume et la désillusion ; si l’on se donne à l’autre en pensant d’abord à l'autre, à se donner pour que l’autre soit épanoui dans l’acte sexuel, on éprouve la joie profonde, et dans ce cas le plaisir physique profond de ceux qui renoncent à eux-mêmes pour se donner aux autres. C’est la Gloire du Christ qui a renoncé à lui-même qui descend sur nous et en nous ; l’acte sexuel de deux époux peut être vécue comme une  célébration liturgique, un acte sacerdotal et royal de deux personnes qui s’offrent l’une à l’autre !).

 

            Chasteté comme perception globale et vraie de la réalité : la chasteté est la place du corps et de l’esprit, de la personne en général dans ce qu’elle est dans sa globalité et dans le projet de Dieu sur elle, ce qu’elle doit devenir : ainsi je respecte l’autre car je le considère comme faisant partie d’une histoire, d’une projet que je ne veux pas démolir : ni en moi, ni en l’autre.

            Idem pour le respect du corps : la pornographie est la perte de la vision globale de la personne et la fixation sur une partie du corps : la personne n’est plus une personne à respecter, mais un corps dont il faut profiter. Mon corps n’est plus en ce cas un corps en devenir mais un objet de plaisir ; je me focalise alors sur mon plaisir ou sur une partie du corps en le détachant de la réalité, de ce à quoi il sert en vérité, de ce qu’il est dans un projet équilibré, de devenir global. C’est une folie, une lubie, une aliénation, une perte de repère ; il faut relever la tête pour voir le sens de la route, l’horizon à rejoindre : je lève les yeux vers les montagnes d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours est dans le Nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre… 

 

                        La pureté est prophétique  car c’est une folie pour le monde : c’est ainsi que nous l’assumons avec fierté et en toute conscience: pour annoncer le Royaume et sa Gloire présente au milieu de nous, c’est à dire la joie profonde que Dieu nous donne d’habiter sa Lumière dès ici bas, en participant à sa folie d‘amour.

            Mais elle est prophétique d’une façon encore plus mystérieuse car elle déborde de  notre être : voyons la description de François 1Cel 83 : … "Qu’il était beau et magnifique et glorieux dans son innocence, dans la simplicité de ses paroles, dans la pureté de son cœur, son amour de Dieu ».

            La pureté resplendit à l’extérieur elle parle du Royaume de Dieu avec sa logique et son éclat resplendissant, comme le visage de Moïse. Qu’est-ce qu’il a de si différent celui-là ?

            La pureté est aussi une protection contre toute tentative de prise de possession de la part de l’autre : qu’est-ce qu’il a de si particulier celui-là, celle-là, que je n’arrive pas à saisir, à capturer, car il/elle ne correspond pas à mes paramètres habituels ?

           

 

Du côté de François d’Assise :

            Dans ses écrits, on trouve l’Admonition 6 : elle commence avec une béatitude évangélique : « bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu » : ont le coeur pur ceux qui méprisent les choses de ce monde et cherchent les choses du Ciel et ne cessent jamais d’adorer et de voir le Seigneur Dieu vivant et vrai avec un cœur et une âme purs ». Là encore, la chasteté n’est pas d’abord un renoncement, elle est pureté de cœur comme attitude de fond : orienter tout son amour et tout son désir vers Dieu !

                        Alors François insiste encore sur la pureté du coeur et de l’esprit et poursuit : (1ère Reg 22,26) : Dans la charité sainte qui est Dieu, je prie tous les frères, qu’ils soient ministres ou non, qu’ayant éloigné tout empêchement et mis de côté toute préoccupation  et tout souci, de la façon qu’ils jugeront la meilleure, ils doivent servir, aimer, adorer et honorer Seigneur Dieu avec un cœur pur et un esprit pur, car c’est ce qu’il demande par-dessus tout.

            Adorons-le avec un cœur pur car il faut toujours prier sans jamais se lasser : en effet le Père cherche de tels adorateurs (1ère Reg 22,30).

 

La pureté devient amour fou et débordant :

« L’homme plein de Dieu se laissait entourer par des flammes de charité qui se répandaient dans un incendie inextinguible, par lequel il devint tout entier absorbé par l’amour de Dieu » (Mir 113)

« Du début de sa conversion jusqu’ à la fin il grandit toujours, tel un feu, dans l’ardeur de l’amour » (Ub 1,5).

                        Aimer comment ? Aimer comme ça : « Aimons de tout notre cœur et de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos capacités et de toute notre force, de toute notre intelligence, avec tout l’élan, avec toute l’affection avec tous les sentiments les plus profonds, avec tout notre désir et notre volonté le Seigneur Dieu, qui nous a créés et sauvés, et qui nous sauvera par sa seule miséricorde ( letfed 1 ) ».

… à condition d’avoir renoncé à tout le reste :

            « Dans la sainte charité qui est Dieu, je prie tous mes frères, que, ayant éloigné tout empêchement et mis de côté toute préoccupation,  de la façon dont ils le peuvent ils servent, aiment, adorent et honorent le Seigneur Dieu (Letmin 2) »: quelles préoccupations ? Quels empêchements dois-je éliminer ? Ai-je pris conscience que l’amour est le seul but de ma vie ?

           

            Conclusion : La chasteté , comme les autres conseils évangéliques, permet de se donner sans limite ; elle est totale liberté  de devenir comme le Christ  serviteur venu pour servir et qui donne sa vie : « ma vie nul ne la prend mais c’ est moi qui la donne » ; seul le cœur pur, celui qui ne retient personne, qui ne s’attache à rien ni à personne peut se donner totalement et s’unir au Christ dans le sacrifice eucharistique, en même temps que l’époux et s’unir  lui pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

La pureté  se trouve sur  l’autoroute du bonheur : A16, direction Paradis et Royaume.

Pour Jésus ! Vivre comme Jésus chaste : avec lui, par lui, en lui, plus proche de lui !

 

Pour bien vivre la chasteté, quelques repères, en vrac :

*Les sacrements, la prière

*Une vie équilibrée entre corps, âme, esprit

*Savoir s’aimer soi-même : parfois l’impureté est vécue inconsciemment comme une autopunition ; elle va de pair avec la violence, la colère qui pointe parfois dans la vie

*Avoir de bons amis : l’amitié équilibre les pulsions, épanouit la vie affective

*Savoir donner de soi-même autour de soi : rendre service, trouver sa place dans le monde, dans son  bahut, dans sa fac ou à son boulot, dans son groupe de prière  ou dans sa frat…

*Savoir distinguer aimer et être amoureux, aimer et avoir du sentiment pour quelqu'un, aimer et avoir une passion pour qq…

(tu peux être amoureux fou pour la énième fois en te disant que « cette fois c’est la bonne » : car tu n’as jamais « éprouvé un truc pareil » avec cette fille ou ce mec : mais en réalité à chaque fois que tu changeras ce sera du « jamais vu » et tu ne feras qu’empiler les frustrations à la recherche de la sensation définitive qui ne viendra jamais : l’amour n’est pas  un feeling seulement : l’amour est un choix qui engage des valeurs, ta volonté, ton intelligence, et qui implique un projet de vie…) ; il faut savoir attendre et construire sur du roc.)

*Etre vigilant intérieurement pour savoir reconnaître l’ennemi qui se pointe dans les moments de stress, de fatigue, d’ennui, de frustration…

*… et réagir par une activité concrète : l’oisiveté ou l’immobilité sont ennemis de la pureté

*Avoir des centres d’intérêt, avoir un grand idéal, avoir une passion… (pour Dieu en premier) !

* quand arrive la tentation, faire autre chose : prendre autorité sur la tentation

* jeûne des yeux, du corps, des sens…

*être joyeux et surveiller le thermomètre de ta joie

*avoir une saine connaissance des réalités affectives et sexuelles : ni ignorance, ni mythification, ni peur (d’en parler, de s’y intéresser)

*Demander l’effusion de l’Esprit du Christ chaste !

 

 

 

 

 

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