blog de la fraternité Saint François
FRANCOIS ET LA MISSION
PAX ET BONUM, Paix et Bénédiction à vous. La PAIX soit avec vous !
C’était un matin de fin février, le soleil commençait à réchauffer ce petit coin de paradis, la création se réveille, pointe le jour après l’hiver.
Voici que l’heure de la messe approche, les cloches de la petite chapelle sonnent de toute volée, aujourd’hui c’est fête. François était seul, ivre de liberté. François rentre dans la chapelle.
Mais pourquoi donc aujourd’hui tout ce tam tam d’ailes dans les arbres ? Toute cette douceur dans le paysage ?
François comme tous les matins récitait le répons. Mais ce matin-là, tout ce latin de cuisine avait un étrange accent. Les mots avaient pris vie dans la petite nef, ils jaillissaient comme venant
des colonnes, ils battaient comme des tambours.
Alors vint le moment de l’Evangile, le prêtre fit un signe de croix.
Un cierge crépita, une mouche bourdonna, un pivert dans les bois voisins se fait entendre, toc! toc ! toc ! Et le vieux prêtre continuait :
- « allez donc et prêchez et dites : le Royaumes de Dieu est tout proche…
François tressaillit, ces mots maintes fois entendus, parfaitement connus. Mais ce matin-là, ils avaient l’air étrangement neufs, ces mots avaient pris un sens. Ils surgissaient un à un devant
François de tout leur poids, ils avaient retrouvé vie comme ressuscités des morts.
Dès l’ite missa est, il attrape le prêtre, l’entraîne dehors tambour battant.
- Est-ce vrai, est-ce vraiment vrai ? est-ce là le texte authentique
L’autre se débattait tout éberlué.
- Mais bien-sûr, c’est l’Evangile du jour ! Matthieu, chap X
- Et personne n’a jamais lu ça avant ? Lu comme un lettre d’amour, comme un commandement amiral ?
- Tout le monde connaît l’Evangile, voyons…
- Le texte, le texte, je veux voir le texte à l’œil nu, va le chercher !
Le brave prêtre y perdait son latin. Il y alla, maugréant.
- Voilà ! Que veux-tu donc ?
- Où est-ce ! lis, lis donc !
- Tu es fou … murmurait le vieillard.
Il était là, n’en finissant pas de farfouiller de feuille en feuille. Soudain François eut un soupçon. Il obliqua l’œil vers le vieux prêtre. Avait-il lu correctement ? Ou n’était ce qu’erreur ou
approximation ? Le vieillard s’assit, le vaste Evangéliaire sur les genoux. Il commença.
- En ce temps là…
- Vite, plus vite !
- « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement :
donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or ni argent, ni petite monnaie pour en garder sur vous ; ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. Car le travailleur mérite
sa nourriture. Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez chez lui jusqu'à votre départ. En entrant dans la maison,
saluez ceux qui l'habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. » (Mt 10, 7-14)
La lecture continuait encore, François était ébloui, il allait et venait d’un bout à l’autre de la pièce, scandant et ponctuant le texte avec son bâton. Il ne savait que faire, le texte avait
pris chair en lui, la parole lui brûlait le cœur, les lèvres, les pieds, tout son être vibrait d’une vie nouvelle. Il se rappela une parole de l’écriture, « qui a des oreilles pour entendre,
entende ! ».
- Pourtant personne qui entende, personne qui parte ! S’écriait François. Pas un fou, pas un roi, pas le moindre drapier, ou même marchand de cacahuètes ou colonel de cavalerie qui à ces mots
prenne la croix ? Pourtant chaque jour toute une humanité entend les paroles de l’Evangile ! Et François bondissait de joie, il empoigna la barbe du vieux prêtre, il lui sauta au cou telle fut la
joie qui l’envahissait.
- Eurêka ! Eurêka
- Tu es fou François !
- C’est donc ça, l’Evangile ! Cette folle simplicité, cette évidence en chair et en os.
Alors François partit à travers la forêt, plus libre que jamais laissant en route son bâton, sa ceinture de cuir, pour recevoir l’habit de Dame Pauvreté, un sac de jute, une corde pour ceinture
et pied nu, il criait aux hirondelles
- Avez-vous vu l’Evangile ? Avez-vous vu l’Evangile ?
- Où vas-tu ? clamais le vieux prêtre tout pantois. Prêcher l’Evangile ?
- Vivre l’Evangile ! Vivre l’Evangile !
(Libre adaptation de « François d’Assise » de Joseph Delteil)
Tout ceci pour nous montrer comment François, déjà entraîné par l’Esprit Saint dans son chemin de conversion, se laisse interpeller par la Parole de Dieu. Il comprend en cet épisode que sa vie
devient celle de l’Evangile. Vivre c’est l’Evangile. « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir » (1 Cel 22).
Qui n’a jamais vibré à l’écoute d’un passage d’Evangile, d’un chant de louange, et qui c’est dit : que les paroles entendues avaient un sens pour moi. Le Seigneur passe à travers ces
médiations. J’espère que tout le monde a vécu cela un jour, sinon cela veut peut-être dire que votre cœur est verrouillé, qu’il est encore un cœur de pierre ou alors soyez plus attentif à ce
qu’il veut vous dire.
Question : Quelles sont les paroles entendues qui ont fait vibrer mon cœur ? Celles qui font résistance ?
1. L’intuition de François : vivre c’est l’Evangile
Que fait François ? C’est là, la magie de François ! Thomas de Celano écrit dans le chapitre racontant ce que je vous raconté auparavant : « Séance tenante, notre Père saint, débordant de joie,
passe à la réalisation du salutaire avis ; il ne souffre aucun retard à la mise en pratique de ce qu’il vient d’entendre : il délace ses chaussures, quitte son bâton, ne garde qu’une tunique et
remplace par une corde sa ceinture » (1 Cel 22). Il a entendu le texte d’envoi en mission des douze apôtres, et il fait ce qui est dit, ce que le Seigneur leur ordonna.
Nous pouvons dire que François vient de tomber amoureux, amoureux de la Parole de Dieu. Il garde tout en mémoire, et s’applique à accomplir à la lettre tout ce qu’il avait entendu. En fait
François écoutant la Parole se trouve dans la même attitude que si Jésus venait de l’apostropher de nouveaux. Trois ans auparavant, il avait entendu la voix du Christ devant le crucifix de saint
Damien qui lui disait : « Ne vois tu pas ma maison qui tombe en ruine ? Répare-là ! ». Cette église dont le Christ parle n’est certainement pas l’édifice de pierre. Mais François pour le
moment perçoit ainsi son appel. « Seigneur, que veux tu que je fasse ? ». Et voilà maintenant, écoutant l’évangile, François reçoit cette Parole comme celle que le Christ lui-même veut lui
adresser. Il reconnaît cette douce voix du Christ. Il comprend qu’aujourd’hui le Seigneur reprend la parole pour s’adresser à lui et lui dire plus clairement ce qu’il attend de lui, et
quelle est cette « maison » qu’il veut confier à la sollicitude de François.
Avant d’annoncer le Christ au monde entier, d’évangéliser, il faut avoir fait une rencontre profonde avec le Christ, qui se manifeste par des fruits, tels que la prière régulière, la pratique des
sacrements, la lecture de la Bible par exemple. Vivre gratuitement des moments pour le Christ, pour vous par exemple le minimum de l’Eucharistie le Dimanche en étant préparé, mais pourquoi pas y
aller aussi une fois ou plus même régulièrement dans la semaine pour vous nourrir dans un autre Pain.
« Voici que je vous envoie… ». A la source de la mission, il y a toujours l’initiative de Dieu, comme dit François « l’inspiration divine » (1R 16,3). Tout part de là. « Dieu a tant aimé le monde
qu’il donna son Fils » (Jn 3,16). Jésus est l’envoyé du Père, le missionnaire par excellence. Toutes les autres missions, évangélisations sont une participation à celle du Christ.
Aujourd’hui, comme à ses apôtres et comme à tous ceux qui viennent vers lui, le Christ ouvre son cœur à François. Il lui révèle la flamme qui le consume, la passion qui le dévore, cet amour
miséricordieux que le Père a déposé en lui pour le salut des hommes, et qui le lance vers l’humanité perdue. François à son tour s’enflamme.
Peut-on rencontrer le feu sans se mettre à brûler ? Peut-on rencontrer vraiment Jésus sans se mettre à aimer ? « François disait : "Rien n’est plus important, que de sauver les âmes" et il en
donnait pour preuve la croix sur laquelle, pour sauver les âmes, le Fils de Dieu voulut mourir. C’est là que nous trouvons le secret de son ardeur à prier, de son assiduité à prêcher, de ses
exagérations quand il s’agissait de donner l’exemple. Il ne se considérait comme un ami du Christ qu’à la condition d’aimer les âmes comme le Christ les avait aimées » (2 Cel 172).
Deux exemples concrets de ce feu intérieur :
Le soir de Noël, à Greccio, François proclame l’Evangile, prêche au peuple avec « des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem. […] on
pouvait croire, lorsqu’il disait "Jésus" ou "enfant de Bethléem" qu’il se passait la langue sur les lèvres comme pour savourer la douceur de ces mots. Au nombre des grâces prodiguées par le
Seigneur en ce lieu, on peut compter la vision admirable dont un homme de grande vertu reçut alors la faveur. Il aperçut couché dans la mangeoire un petit enfant immobile que l’approche du saint
parut tirer du sommeil.
Cette vision échut vraiment bien à propos, car l’Enfant-Jésus était, de fait endormi dans l’oubli au fond de bien des cœurs jusqu’au jour où, par son serviteur François, son souvenir fut ranimé
et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. » (1 Cel 86)
Son désir de partir rencontrer le Sultan pour le convertir. « Mais l'ardeur de la charité était un aiguillon qui le poussait vers le martyre, et il tenta une troisième fois d'aller propager au
prix de son sang la foi en l'auguste Trinité. […] Mais le vaillant soldat de Jésus-Christ, plein de l'espoir d'être bientôt au terme de ses voeux, résolut de se mettre en route, sans se laisser
effrayer par la mort, ou plutôt excité par son désir. […] Lorsqu'ils se furent avancés plus loin, ils trouvèrent les gardes avancés des Sarrasins, […] après les avoir maltraités et affligés de
toute façon, par une disposition de la divine Providence ils les conduisirent au sultan, selon le désir du saint. Celui-ci leur ayant demandé qui les avait envoyés et quel était le but de leur
voyage, François lui répondit sans s'effrayer : « Je ne viens point de la part d'un homme, mais de la part du Dieu Très-Haut, afin de vous montrer à vous et à votre peuple la voie du salut, et de
vous annoncer l'Evangile de vérité. » Ensuite il prêcha avec un tel courage, une telle force et une telle ardeur au sultan le Dieu en trois personnes et Jésus-Christ sauveur de tous les hommes,
qu'en lui s'accomplissait clairement cette promesse du Seigneur : Je mettrai en votre bouche des paroles et une sagesse auxquelles vos ennemis ne pourront résister, et qu'ils ne pourront
contredire (Luc., 21.). En effet, le sultan voyant le zèle admirable et la vertu du serviteur de Dieu, l'écoutait volontiers et le pressait avec instance de prolonger son séjour auprès de lui. »
(LM 9).
La toile de fond de tout l’apostolat de François et de celui de ses frères est comme dit l’Evangile « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Donc aimer le Christ, suivre
le Christ, vivre l’Evangile, c’est partager la mission de Jésus-Christ pour le salut du monde et communier ainsi au cœur même de Dieu.
Question : Où en suis-je dans ma vie de foi, dans ma relation personnelle avec le Christ ?
2. L’exemple de François converti.
Revenons à notre bon François, que nous fait-il après avoir écouté l’Evangile? « Le voilà qui, d’une âme brûlante de ferveur et rayonnante d’allégresse, prêche à tous la pénitence, édifiant son
auditoire en un langage simple mais avec une telle noblesse de cœur ! Sa parole était comme un feu ardent qui atteignait le fond des cœurs ; tous étaient remplis d’admiration. On ne reconnaissait
plus en lui l’homme qu’il avait jadis été, car, tourné vers le ciel, il ne daignait plus accorder ses regards à la terre. » (1 Cel 23).
A. La vie des frères : une vie de missionnaire
Ce qu’a vécu François va devenir la vie des frères qui vont le suivre. La lecture de ces chapitres (Mt 10, Lc 10) va être une source d’inspiration pour François. Une fois qu’un petit nombre de
frères l’ait rejoint, il les envoie deux par deux en mission comme le Christ même. « A la même époque, l’entrée dans l’ordre d’un autre homme de bien porta à sept le nombre des enfants du
serviteur de Dieu. Alors le pieux Père réunit tous ses fils, leur parla longuement du Royaume de Dieu, … et leur annonça son projet de les envoyer dans les quatre parties du monde… qu’il
désirait enfanter au Christ Seigneur tous les fidèles en les appelant à la pénitence » (LM 3,7). Et les frères partent selon les directions des points cardinaux.
Le Pape ordonne à François en approuvant la forme de vie des frères : « Allez, frères, et que le Seigneur soit avec vous ! Prêchez à tous la pénitence selon que le Seigneur vous daignera vous
l’inspirer. Et quand le Tout-Puissant vous aura multiplié en nombre et en grâce, faites m’en part et réjouissez-vous, car je vous accorderai davantage et pourrai, avec plus de tranquillité, vous
confier de plus importantes missions. » (1 Cel 33).
Dés le début de la vie de l’ordre, les frères vivent la mission, même s’ils ne connaissent pas les langues des pays. Nous les retrouvons dans les pays voisinant l’actuelle Italie (Allemagne,
France…). Pour la note historique, nous avons un développement de l’ordre de manière exponentielle dans les premiers temps, passant de quelques frères à plusieurs milliers en une dizaine d’année.
La présence des frères (et de ce fait de l’évangélisation qui les accompagne quelle soit ou non une première annonce) se voit avant d’ailleurs la mort de François dans toute l’Europe, dans les
terres islamiques du Moyen Orient (exemple de François et du sultan), de la Terre Sainte. En 1245 est connu la présence d’un frère en qualité ambassadeur à la cour de l’empire mongol. Pour dire
que les frères se retrouvent missionnaires de part leur vocation même à être des hommes de paix, de dialogue et d’annonce du Christ car ils sont dans le monde partageant la vie quotidienne des
populations. Comme dit François, notre cloître c’est le monde.
En fait, parler de la mission de François et des frères, c’est parler de leur vie. L’attitude fondamentale est celle de la minorité, être soumis à tous les êtres. Avant même d’annoncer par les
paroles, les actes de la vie parlent pour eux-mêmes. Donc si le contenu de la prédication de François est la conversion, la pénitence (c'est-à-dire le changement de vie que provoque la rencontre
avec le Seigneur), il faut d’abord la vivre pour être efficace dans l’annonce du message du Christ. On voit combien la prédication de François est le fruit de sa conversion intime. On ne peut
annoncer Celui qu’on ne connaît pas intimement.
B. la mission par l’exemple de vie
La première annonce est celle faite par la fraternité, de la mission vécue deux par deux. Au fondement de la fraternité entre les frères et entre tous les hommes, il y a la paternité de Dieu.
Vivre de la paternité de Dieu pour François signifie adhérer à sa volonté. L’homme ne peut vouloir, ne peut désirer autre chose que son Créateur et Sauveur qui est tout bien, plein de
miséricorde. François a pris conscience intimement qu’il a tout reçu du Père, il est donc dans l’attitude de l’action de grâce et de la restitution.
Pour François, tous les frères doivent être « mineur » c'est-à-dire les frères « les plus petits », se soumettre à tous, être humble, se reconnaitre pécheur devant Dieu et les hommes. Ils doivent
rivaliser dans la charité les uns envers les autres. François insiste sur le fait de ne pas juger les autres et de ne pas se glorifier, s’enorgueillir intérieurement des bonnes paroles, des
bonnes actions ni même d’aucun bien que Dieu dit, fait, ou accomplit parfois en eux ou par eux. Il fait comprendre à ses frères cette dimension de la minorité de manière concrète par son exemple
d’abord et puis allant jusqu’à reprendre les frères (la correction fraternelle). Il écrit dans la règle : « Lorsque les frères vont par le monde, je leur conseille, je les avertis, je leur
recommande en notre Seigneur Jésus Christ d’éviter les chicanes et les contestations, de ne point juger les autres. Mais qu’ils soient aimables, apaisants, effacés, doux et humbles, déférents et
courtois envers tous dans leurs conversations». La minorité se décline sous des formes concrètes pour François dans la vie de la fraternité, de la pauvreté, de l’obéissance, de la chasteté, du
service, de l’action de grâce, dans l’attitude de la restitution envers Dieu. L’important est la cohérence de vie comme première annonce du Christ car il ne faut être pour personne motif de
scandale face à l’incohérence de vie.
Il faut parler aussi de l’éventualité du refus de cette annonce faisant partie intégrante de la mission. Devant le refus, les épreuves, le témoignage de vie est encore plus fort. Etre roué de
coup ; se faire moquer ; être traité de misérable, de voleur ; être calomnier ; être jeté dans la boue, …, tout cela étaient certainement le quotidien de la vie des frères qui parcourait les
villages et pourtant comme il est écrit: « Tout cela ils le supportaient avec constance et de bon gré, comme le leur avait recommandé le bienheureux François. Ils ne s’attristaient pas ni ne s’en
frappaient : tout au contraire, ils se réjouissaient dans leurs tribulations comme des gens qui y trouvent largement leur profit. Ils rayonnaient de joie et s’appliquaient à prier Dieu pour leurs
persécuteurs. Leur comportement donnait à penser : leurs épreuves les transportaient d’allégresse et, pour l’amour de Dieu, ils les supportaient sans broncher ; ils vivaient en continuelle et
dévote oraison ; à l’encontre des autres pauvres, ils n’acceptaient ni ne portaient jamais d’argent pour subvenir à leur indigence ; ils débordaient d’amour mutuel, preuve manifeste qu’ils
étaient bien disciples du Seigneur. La bonté divine y aidant, bien des cœurs en furent touchés, et l’on venait aux frères leur demander pardon des mauvais traitements qu’on leur avait fait subir.
Et eux, pardonnant de tout cœur, répondaient alors :"Que le Seigneur ne vous en tienne pas compte !" Si bien qu’on se mit à les écouter volontiers. Certains même les priaient de vouloir bien les
accepter en leur compagnie, et c’est ainsi qu’ils s’en associèrent plusieurs en cours de route » (AP 23c-24b)
Question : Après avoir su dire qui est le Christ pour moi à travers ma vie de foi ; nous devons nous interroger sur : comment je peux vivre concrètement une attitude chrétienne au milieu de
mes activités quotidiennes ? Comment je réagis quand je suis attaqué ? Mon attitude était-elle évangélique ? Y a-t’il une évolution dans ma manière de vivre ma foi, dans les attaques que je
reçois ?
C. Un message de paix au monde
« Comme il avait commencé par pratiquer lui-même les conseils qu’il donnait aux autres, il n’avait pas peur d’être pris en contradiction mais proclamait hardiment la vérité, si bien que les
hommes les plus instruits, les détenteurs de gloire et de dignité, admiraient ses discours et tremblaient, en sa présence, d’une crainte salutaire. » (1Cel 36).
Reprenant le texte de l’Evangile de Mt ou Lc au chapitre 10, il annonce la paix de Dieu. Ce message n’est pas le sien, il lui a été confié par Dieu, il se fait l’intermédiaire, il prête sa bouche
à la Parole de Dieu pour être diffusée. « Il ouvrait chacun de ses sermons par un souhait de paix avant de transmettre à l’assistance la Parole de Dieu ; il disait :"Que le Seigneur vous donne la
paix !" Cette paix il la souhaitait toujours et avec conviction, aux hommes et aux femmes, à tous ceux qu’il rencontrait ou croisait sur la route. Et cela eut souvent pour effet, avec la
grâce du Seigneur, d’amener ceux qui réfractaires à la paix, étaient ennemis de leur propre salut, à embrasser la paix de tout leur cœur, à devenir eux aussi des fils de la paix et des
conquérants du salut éternel. » (1 Cel 23).
L’évangélisation, dans le dessein du Christ est annoncer le Royaume de Dieu. Pour l’Eglise, c’est « annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu ». Pour François, envoyé par l’Eglise à travers
le Pape à prêcher dans le monde, la prédication de l’Evangile prend une dimension pénitentielle (la pénitence, la conversion) et eschatologique (le Royaume de Dieu). C’est annoncer la présence du
règne de Dieu donc prêcher la pénitence, dénonçant les vices, les péchés du monde. Le Règne de Dieu inauguré par le Christ est déjà présent en ce monde. L’unique condition pour entrer est la
conversion. La conversion est un impératif du Christ ; elle est la condition essentielle pour recevoir le salut (Lc 13,3-5). Dans sa force évangélique, elle implique un changement radical dans la
manière de penser et d’agir envers Dieu, envers son prochain et des choses terrestres, selon ce que dit les béatitudes. François est conscient que ce qu’il doit proclamer est tout l’Evangile. Ce
qui est important alors est que les frères doivent le prêcher non seulement à toutes les créatures (coté universel) mais aussi en tous ses contenus respectant son intégrité. Au centre et au
sommet il y a le Christ avec ce qu’il est, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait. Comme le Christ, l’Evangile est indivisible. Il faut tout annoncer. Dans un milieu non chrétien s’impose alors de le
proclamer à travers le kérygme (né, souffert la passion, mort et ressuscité) par contre dans un milieu chrétien la proclamation de l’Evangile comme lieu de conversion permanente et de croissance
dans la foi.
La finalité de la prédication est l’édification du peuple, pour le faire grandir vers la sainteté. Le style de l’annonce pour François est caractérisé par la brièveté des discours car la Parole
de Dieu contient en soi la force de conquérir, elle est comme l’épée a deux tranchants. Elle est efficace en vertu de l’Esprit Saint. Le prédicateur est seulement un médiateur, un ambassadeur. La
prédication pour lui et dans ce caractère de brièveté souligne l’essentialité dans les paroles. Une proclamation de la vérité à croire et à pratiquer favorise une plus grande attitude d’écoute et
d’apprentissage. La brièveté oblige le prédicateur à être clair, à rendre la Parole compréhensible, à la mesurer en fonction des exigences concrètes de l’auditoire, à se faire un bon catéchète,
pédagogue, éducateur, et formateur des consciences de sorte que cela soit pour la croissance et l’édification de l’Eglise.
Les moyens que François utilise pour penser la mission sont en fait ceux que le Christ utilise. Il désire que les frères, évangélisateur itinérant, soient libres de tout. L’unique richesse est
celle de la pauvreté évangélique. L’unique bagage est la grâce de Dieu et de savoir d’être assisté par l’Esprit. Il doit donner témoignage de la gratuité du don de Dieu. Il doit annoncer
l’Evangile de manière gratuite. Les frères effectivement ne doivent posséder, ni recevoir d’argent. Dans les moyens à utiliser pour la diffusion de la Parole, François inaugure une forme
d’évangélisation car devant son désir d’annoncer au monde entier l’Evangile il voit qu’il ne peut y arriver concrètement, alors il décide d’écrire une lettre : la lettre à tous les fidèles. Il
donne une bénédiction particulière à tous ceux qui la transcriront, qui la verront parvenir à un plus grande de personnes. Et pour ceux qui ne savent pas lire dit-il qu’ils se la fassent lire,
l’apprennent par cœur pour la pratiquer saintement.
Le contenu de cette lettre est sur le Christ (dans ses mystères : l’incarnation, l’institution de l’Eucharistie, l’offrande de lui-même au Père, et la croix), les exigences chrétiennes (amour et
adoration de Dieu, la vie sacramentelle, l’amour du prochain, la pratique de l’aumône et du jeûne, le respect des églises et des prêtres, les exigences particulières pour les religieux), les
merveilles de la vie chrétienne pour ceux qui pratiquent ce qui a été dit auparavant, au contraire pour les autres il parle de l’esclavage du péché (les dupes du démons, et il donne la
conséquence dans un exemple concret en parlant de la mort du pécheur qui ne veut pas se convertir). Dans la conclusion, il y a cette bénédiction accordée à tous ceux qui vivront la Parole de
Dieu, qui la diffuseront à travers la présente lettre.
Ceci nous montre que pour François son désir d’évangéliser et de participer à la diffusion au message de Salut (et cela fut repris par Maximilien Kolbe) était si grand qu’il ne juge pas l’usage
des moyens de communication contraire à la pauvreté, étant évidement adapté à la finalité. Finalisé à l’évangélisation, la pauvreté joue la fonction de témoignage et de crédibilité. Libres de la
possession de biens matériels, de toute logique de gain, les frères peuvent se transférer d’un lieu à un autre avec une grande facilité, se présenter comme les ambassadeurs du Christ.
Leur condition de pèlerin et étranger s’est trouvée accréditée par la salutation de paix qui caractérise les franciscains, le Pax et Bonum. C’est la même salutation que les disciples du Christ en
mission donnaient à chaque personne rencontrée. Il signifie que le salut de Dieu (sens qu’il nous sauve) nous est donné, offert. Au fond, dans la personne des évangélisateurs c’est Dieu lui-même
qui agit. C’est la proclamation et le témoignage du Royaume de Dieu qui procure le salut à tous ceux qui accueillent les envoyés du Christ et à tous ceux qui écoutent leur message.
Questions : Entre mon attitude et mes paroles quelles sont les incohérences et les cohérences que je peux trouver en moi ? Quels sont les moyens que je peux utiliser pour l’évangélisation ?
Quels déplacements dans ma vision de voir la mission ?
Ainsi nous pouvons mieux comprendre cet aspect de la Règle dans sa première version sur la mission (Rnb 16): « Le Seigneur a dit : "Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.
Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes." Tous frère qui, par inspiration divine, voudront aller chez les Sarrasins et autres infidèles, y aillent avec la permission
de leur ministre et serviteur. Et que le ministre leur accorde cette permission et ne la refuse pas, s'il voit qu'ils sont aptes à partir; car il sera tenu d'en rendre raison au Seigneur, si en
cela ou en autres choses il agit sans discernement.
Les frères qui partent ont au point de vue spirituel deux façons de se conduire parmi les infidèles. La première est de ne soulever ni débats ni discussions, mais d'être soumis à toute créature
humaine à cause de Dieu et de se proclamer chrétiens. La seconde est, lorsqu'ils croiront qu'il plaît à Dieu, d'annoncer la parole de Dieu, pour que les infidèles croient au Dieu tout-puissant,
Père, Fils et Saint Esprit, Créateur de toutes choses, au Fils Rédempteur et Sauveur, et pour qu'ils soient baptisés et deviennent chrétiens, car nul, s'il ne renaît de l'eau et de
l'Esprit-Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Cela et tout ce qui plaira à Dieu, ils peuvent le prêcher aux infidèles et aux autres, car, dit le Seigneur dans l'Évangile : « Quiconque me, confessera devant les hommes, Je le confesserai moi
aussi devant mon Père qui est dans les cieux; et : Quiconque rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira aussi de lui quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des
saints anges. »
Que tous les frères se souviennent partout qu'ils se sont donnés et qu'ils ont abandonné leur corps à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que pour son amour ils doivent s'exposer à tous les ennemis
visibles et invisibles, car, dit le Seigneur : « Qui aura perdu sa vie pour moi, la sauvera, pour la vie éternelle. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des
cieux leur appartient. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. Mais s'ils vous persécutent dans une ville, fuyez dans une autre. Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïront
et vous maudiront, vous repousseront et vous outrageront, et rejetteront votre nom comme infâme, et lorsqu'ils diront en mentant toute sorte de mal contre vous à cause de moi; réjouissez-vous en
ce jour et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense sera grande dans les cieux. Je vous dis donc à vous qui êtes mes amis, de ne pas vous effrayer de tout cela, de ne pas craindre ceux
qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus. Gardez-vous de vous troubler. Car par votre patience vous sauverez vos âmes. Et celui qui aura persévéré jusqu'à la fin,
celui-là sera sauvé. »